Communication

La communication

I- La communication Interne

Lors de mon étude de la concurrence, la communication était le point faible de la majorité des Teams. En effet, les relais entre les simples membres et les responsables étaient pratiquement inexistants. Les seuls messages existant comprenaient : les demandes d’aide défensives, l’annonce du plan d’attaque et les demandes de mises à jour du nombre d'unités militaires possédées par les membres. Cela fait peu. Où sont les informations concernant les projets ? Les préparatifs ? Les prises de décision ? Les comptes rendus ? La diplomatie ? Les nouvelles recrues ?

En étant à la place du joueur lambda, rien ne me passionnait par rapport à ces situations. Nous, simples soldats, étions là, sans être là. Aux ordres de nos supérieurs impatients et intolérants. Cela peut convenir à certains certes. Dans tous les cas de figure, mon projet ne correspondait pas à ce fonctionnement.

Alors que toutes les Team pratiquaient un cloisonnement total restreignant au maximum l'accès aux informations, j’allais opérer un revirement de situation. Chez [A.S], l’information circulerait, peu importe le grade des membres. L’idée était que chaque personne du groupe puisse se sentir concernée par tous les sujets et du même coup impliquée dans l’alliance, impactant positivement sa motivation à jouer et progresser et sa fidélité envers l'alliance.

Dès lors, j’entrepris une politique de transparence de l’information. Tout ce que l'alliance, ses membres et ses responsables projettaient de réaliser était transmis à l'ensemble de la Team. Une forme de confiance aveugle était accordée aux joueurs par rapport à cela. Je souhaitais que chaque membre puisse avoir accès à l’ensemble des données afin qu’il puisse être au courant de toute la situation.

Cependant, tout ceci doit être nuancé. Les grands stratèges de notre civilisation ont toujours oeuvré dans le secret, c’était le cas à l’époque des premiers empires, c’est encore le cas de nos jours, ce n’est pas un hasard. Les flux d’informations étant cruciaux pour toute guerre, il fallait en préserver le secret de certains, les plus sensibles, ceux pouvant avoir un réel impact. De mémoire, c’est le très bon livre “Influence et manipulation” de Robert Cialdini qui m’avait inspiré pour ce qui suit.

J’ai alors fait le choix de faire croire à mes membres qu’ils seraient au courant de tout. Le projet consistait désormais à fournir, sans retenu, un nombre très important d’informations (conversations diplomatiques, prochaine alliance à cibler, recrutement, projets, etc), tout en conservant secrètes des informations ultra sensibles (infiltrations ou des membres cachés sous un naming différent prêt à intervenir le moment opportun).

Quelle différence au final, allez-vous me dire ? J’explique. D’un côté, vous avez les Team qui protègent ouvertement leurs informations et réalisent donc peu ou pas de communication ; leurs joueurs savent à quoi s’attendre et restent dans leur coin, sans se sentir directement concerné par quoi que ce soit et surtout pas par le sort de leur alliance. De notre côté, avec cette méthode, les membres [A.S] reçoivent des quantités d’informations en grand nombre, et ont la possibilité d’intervenir et de donner leurs opinions sur la plupart des opérations de l’alliance. L’astuce repose donc dans le fait qu’ils reçoivent tellement de données qu’ils ne cherchent pas plus d’informations car pensent qu’il n’y a rien d’autre à savoir. Dès lors, lorsqu’ils apprennent ce qui est demeuré secret, ils en comprennent l’importance et acceptent d’avoir été gardé dans l’ignorance puisqu’ils possèdent déjà plus d’informations que la plupart des meneurs des autres alliances et infiniment plus que les membres des autres alliances. Ils prennent alors conscience du caractère très sensible de ce qui était caché et acceptent le bien fondé du secret.

Je me retrouvais du coup avec des joueurs totalement investis pendant que des éléments infiltrés demeuraient dans le secret, sans éveiller de quelconques soupçons chez l'adversaire et rarement dans les rangs [A.S].

De manière régulière, je présentais ce que nous avons appelé les Spartan Mag’. Il s'agit d'une sorte de mensuel comportant les informations générales concernant le serveur en cours telles que :

  • Objectifs du moment
  • Directives générales (conseils de développement, d'actions à réaliser...)
  • Rappels généraux
  • Informations sur les recrutements en cours
  • Point sur la situation diplomatique
  • Préparatifs militaires

Très populaire et élément majeur de la communication et donc de la formation du groupe, le modèle a été repris dans de nombreuses alliances.

Régulièrement, tout du moins lorsque l'IRL le permettait, nous utilisions également le logiciel TeamSpeak afin d’organiser des réunions internes en audio. Tous les membres étaient invités. Celles-ci consistaient en une prise de parole de ma part ainsi que des responsables spécifiques lorsque la situation l’exigeait (préparatifs militaires par exemple). Afin de ne pas dévier des sujets, des horaires fixes étaient prévus. Nous enchaînions systématiquement avec un question-réponse une fois les informations transmises. Une trentaine de personnes était ainsi présentent en moyenne pour ce genre de réunion. C’était une méthode très conviviale et appréciée. La présence des membres était facultative. Dans tous les cas, ces réunions étaient enregistrées et disponibles plus tard, par un simple téléchargement mp3 ; ajoutons également qu’elles faisaient toutes l’objet d'un résumé écrit et que la plupart des comptes comprenant plusieurs joueurs envoyaient l'un d'eux qui ensuite informait ses co-joueurs.

II - La communication externe

La communication externe se déroulait exclusivement sur le Forum officiel du jeu. Celle-ci avait deux objectifs :

  • Envoyer une image positive de la Team [A.S], via des comptes-rendus détaillés et des messages bien rédigés.
  • Répondre aux critiques négatives avec pour objectif d’avoir le dernier mot, quitte, en de rares occasions, à inonder de messages le forum via plusieurs membres lorsque des éléments perturbateurs colportaient des informations gênantes (vraies ou fausses, plus souvent fausses voire ridicules que vraies cependant).

Explications.

En premier lieu, il convenait de laisser une trace positive de notre passage. Nous ne voulions pas être une Team usant de provocation continuelle. Je souhaitais renvoyer une image simple et discrète. C’est ce qui a été fait.

Concernant le second objectif, pourquoi diable chercher à obtenir le dernier mot ?! Je vais détailler.

Mes lectures ne m’ont pas donné satisfaction quant-à l’approche à observer dans ce genre de situation. Il y a beaucoup de propositions et de méthodes mais pas d’équivalence. Cependant, je me suis tout de même inspiré de deux grands leaders, à savoir Sir Alex Ferguson et José Mourinho, deux des plus grands manager de Football. Outre leurs compétences tactiques et de management exceptionnelles, ils possédaient l’art de la communication face aux journalistes. Je les ai souvent entendu dire qu’ils cherchaient à attirer toute l’attention sur eux afin de diminuer au maximum la pression sur leurs joueurs. Pleinement conscients de s’attirer les foudres et les critiques, cela ne les perturbaient pas, étant donné que c’était justement le but recherché. Tout l’intérêt reposait sur le fait que les joueurs seraient sauvegardés de toute pression inutile.

Dès 2012, j’ai entrepris de suivre cette manière de procéder et je me suis joué de tous. Afin de n’éveiller aucun soupçon, je n’en ai parlé à personne, me contentant de subir les critiques et de rentrer dans le jeu des personnes nous critiquant. Cela fonctionnait à merveille, mes joueurs n’ont jamais été visé, [A.S] et son leader étaient les uniques cibles.

Ces joutes verbales détournaient l’attention de nos adversaires vers ces débats stériles et sans intérêt. Pendant ce temps-là, nous nous focalisions sur notre jeu pendant que concurrents tentaient vainement de nous déstabiliser psychologiquement alors qu'ils ne faisaient rien d'autre que de faire rire ou d'être ignorés.

Difficile de vérifier l’importance de cette manière de procéder, j’aime à penser que cela à jouer dans nos succès.